RUINES

EXPOSITION DU PHOTOGRAPHE GUY LAPOINTE

Espace Café, du 24 juin au 7 août 2022

Double tunnel (Crédit photo : Guy Lapointe)

RUINES

Amorcé au début des années 60, le déclin et les fermetures successives de nos monuments industriels ont laissé un paysage urbain morcelé et des bâtiments voués à de nouvelles fonctions. En 1987 et 1990 j’ai présenté deux documents photographiques illustrant cette période, « Shawinigan des années 80, vue par ses industries » et « Nos institutions en changement ».

Cet intérêt me vient sûrement du fait que dans mon histoire familiale mon grand-père, mon père et mes oncles ont été parmi ces bâtisseurs de cette page industrielle et que Shawinigan fut ce qu’elle est devenue. J’ai connu la fin de cette époque en travaillant comme étudiant à la Shawinigan Chemicals Ltd (Gulf) et BF GOODRICH par la suite.

Plus récemment mes errances photographiques m’amenèrent dans ce « no man’s land » qu’est devenu l’ancienne usine Belgo et me montrèrent la fin de quelque chose. L’urgence de capter photographiquement ce lieu, afin de témoigner de son existence, m’est apparue une évidence. Ainsi est né le projet RUINES.

Parfois je n’étais pas seul. Parmi mes rencontres, de simples curieux avides d’émotions, des pilleurs du temple à la recherche de trésors oubliés dans les confins de ces décombres ou encore ces artistes de l’éphémère qui, par leurs graffitis, apportent à notre regard, espoir et beauté sur ces murs abandonnés.

RUINES se veut, d’une certaine façon, un dernier hommage à cette époque industrielle et propose un regard nostalgique et critique sur la longue agonie du dernier bastion de cette ère. Inévitablement, une question sous-jacente se pose au visionnement de ces images : « D’où vient-on et où va-t-on? ».

Démarche artistique

Depuis le début de la photographie, certains photographes racontent l’histoire de l’humanité. Ces photographes documentaires témoignent du quotidien, du passage du temps, des évènements marquants de la vie. Je prends en exemple la Farm Security Administration qui dresse un portrait des conditions de vie et de travail des Américains ruraux de la fin des années 30 ou encore tous ces grands documentaires réalisés par l’Agence Magnum.

J’aime à penser que je me situe dans ce courant par mon approche de la photographie. À chaque projet j’éprouve l’urgence de sauvegarder, en image, la preuve de l’existence de ce qui pourrait tomber dans l’oubli. Shawinigan n’est plus cette grande cité industrielle mais nous avons eu la sagesse d’en documenter la présence.

Les acteurs de notre monde ont une histoire à raconter, individuelle ou collective, et mérite notre attention. Au fil de mes visites au Marché aux Puces de Shawinigan j’ai découvert une communauté de passionnés offrant trésors et pacotilles mais surtout un contact humain. Dans les Ruines Industrielles j`ai voyagé dans un passé récent ou l’on peut encore sentir l’odeur de cette présence ouvrière.

Le monde change et c’est bien ainsi. Par respect pour l’humanité, nous avons en quelque sorte un devoir de mémoire.